lundi 14 mars 2011

Les Tunisiens s'indignent.


Soixante ans après la rédaction de la Déclaration des Droits de l'Homme après la Libération, voici que la Tunisie a l'honneur de recevoir des monuments de la lutte pour la liberté et la dignité.
Le 12 Mars 2011, nous avons eu l'occasion d'assister à un colloque de grands hommes.
Youssef Seddik, philosophe et anthropologue tunisien, Jean Daniel, militant et fondateur du Nouvel Observateur et Stephane Hessel, diplomate et militant de 1ère heure qui propagea une vague d'idéalisme révolutionnaire à travers le monde grâce à son manifeste Indignez-vous, étaient rassemblés pour débattre sur l'avenir de la Tunisie libre.

Cette conférence eut lieu à l'hôtel Sheraton, qui a acceuilli plus de 1000 intéressés, parmi lesquels le ministre de la Culture.
Le colloque débuta par quelques mots du philosophe et l'un des fondateurs de l'association AVERTI Youssef Seddik. Il évoqua notamment le poète Aboul Kacem El Chebbi, dont les vers, qui composent notre hymne nationale, ont donné courage et fermeté à plus d'un face à la répression.
Youssef Seddik a eu une phrase, « j'espère que le monde dira un jour nous sommes tous des arabes » comme le monde a pu dire "nous sommes tous des américains" lors du 11 septembre ou encore aujourd'hui "nous sommes tous des japonais". La mise en avant du fait que le monde se devait en cette période de boulversements intenses repenser ses approches face à l'autre, et que c'était le moment ou jamais pour que l'universalité prime sur le particulier, montre que maintenant plus que jamais l'image que l'Occident se fait des "arabes" peut évoluer. 
Puis nous avons l'immense plaisir de pouvoir entendre M. Stephane Hessel dont la vie et les combats inspirent et inspireront encore les générations qui suivent.
Il a préconisé la vigilance comme mot d’ordre pour poursuivre a bien notre révolution.
« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » (1er article de la Déclaration universelle des droits de l’homme) a-t-il rappelé en ajoutant que la Tunisie se devait d'agir suivant cette affirmation. Cet article  formulé il y a déjà 60 ans n'aura jamais été aussi essentiel, en ces jours où du Maroc au Yémen, des hommes se battent et parfois meurent pour leur liberté et leur dignité. En fournissant la preuve que les révolutions sont encore possibles,  la Tunisie doit avoir à coeur que cet article reprenne tout son sens.

Puis lui a succédé, M. Jean Daniel avec une intervention succinte :  "il faut construire au lieu de contester sans donner d'autres solutions". Il a également tenu a faire un hommage au philosophe Arkoun qui disait que les arabes étaient les précurseurs de la démocratie et que c'était donc naturel que ce soit eux qui la reprennent.

Raja Ben Ammar, comédienne et metteur en scène tunisienne, a ensuite explicité dans une intervention le lien entre le corps et la révolution et de manière plus précise, la relation entre corps et conscience. Elle a parlé du corps malade à cause du voile, de la chape de la dictature qui nous empêchait de voir la realité comme si « les portes de la perception étaient fermées. »
Elle a longuement insisté sur la censure omniprésente dans le monde du théâtre aussi bien dans les troupes étatiques que les troupes soit-disants « indépendantes »  et du fait que lorsque l’on pouvait plus parler, il y avait un certain retour au corps qui était devenu le seul  moyen de s’exprimer sans éveiller les soupçons, de dire ce que l’on ne peut dire avec des mots. Elle nous a rappelé la triste propagande que nous avons subi pendant 23 ans, avec des médias qui montraient un corps heureux et productif. Enfin, elle conclua son intervention avec "les corps de la révolution" qui ont investi la rue, l’espace en faisant allusion aux vidéos d’une femme qui criait « On l’a gagnée ! » ou d’un homme, seul sur l’avenue Habib Bourguiba, qui hurlait, ivre de joie, sa gratitude au ciel.

La parole a ensuite été donnée à M.Youssef Essid qui a exposé une théorie sur  l’ordre et le  désordre au cours d'une révolution. A vrai dire, il a surtout fait un résumé de l’avant et de l’après révolution. Il a pris l’idée de l’effet papillon ou comment un geste solitaire pouvait provoquer un cataclysme et surtout comment l’absence de tradition démocratique pouvait provoquer un vide politique car il n’y a jamais eu d’opposition à Bourguiba ou Ben Ali. A vrai dire, si un parti, un groupe ou même un leader aurait aidé à renversé le régime, il aurait récupéré la révolution et on aurait surtout assisté a un 7 Novembre bis, alors, peut être bien que l’anonymat de ce mouvement est plus positif qu’autre chose.
Ca lui va bien , la chachia.
L’historien a fait une longue description du système-mauve où il n’y avait aucune place pour le désordre ou l’imprévisible d’où l’incapacité de ZABA à répondre aux attentes du peuple. La « paix sociale » n’était assurée que par la contrainte et l’étouffement de la contestation. Il ne faudrait pas oublier que la liberté politique a un coût et qu’il faut savoir l’assumer car c’est le seul moyen de pouvoir ensuite bâtir un système équitable et démocratique. (A méditer pour la majorité silencieuse). Mettons donc « l’imagination au pouvoir ».

La partie qui fut sans doute la plus intéressante fut l’échange entre les conférenciers et les personnes venues au colloque, au moyen de questions qui permet réellement d’avoir un débat et de confronter les avis.
Est-ce que l'hégémonie américaine et israélienne permettront à un petit pays comme la Tunisie d'établir et de vivre sa démocratie tranquillement ? L'opposition (à prendre avec des pincettes) Kasbah/ Kobba pourrait-elle être considérée comme une illustration de la lutte des classes ? Que représente réellement l'islamisme en terme de risques?
Les révolutions arabes permettront-elles de faire renaître la langue arabe, longtemps jetée aux oubliettes ?
En faisant un parallèle avec la montée relative de l'extrême droite en France, peut-on toujours dire de la démocratie qu'elle reste le meilleure modèle politique à appliquer ? Une effusion de doutes, de curiosité et d'inquiétudes.
Il se trouve que "les israéliens ont peur des arabes, car ils  risqueraient de  tout perdre", dixit M. Hessel. Le mouvement révolutionnaire ne risque donc pas de toucher la jeunesse israelienne, du moins pas de manière effective. Et puis, ces saletés de lobbies. "Netanyahou dégage!" renchérit-il.
Après le Mauve, la Tunisie se retrouve en effet confrontée à d'autres forces occultes, l'Oncle Sam et Cie par exemple. A cela on nous répond que malgré le rapport de force, la Tunisie doit apprendre à préserver son autonomie, elle doit traiter d'égal à égal avec les Etats-Unis et l'UE et se dispenser de leur aide. Il ne faut pas être submergé par les modèles démocratiques américains et européens, mais chercher plus loin, comme en Amérique latine par exemple, cette zone du monde qui tente de se forger sa propre identité politique. Il faut donner un nouveau sens fort et digne à la démocratie, car il est bel et bien le meilleur système à appliquer. Mais on pourrait sans doute davantage l'améliorer : la démocratie devrait être participative, par exemple.
Et en démocratie, même les personnes voulant réduire le taux de chômage en abolissant le travail des femmes, les xénophobes invetérés, en somme les gens qui veulent nous faire vivre -86758 avant Mahomet, peuvent participer à la vie politique. "On ne peut pas faire de procès d'intention à quelqu'un" explique Seddik "tant qu'il n'a pas agit, on ne peut rien faire. Et  s'il agit, il n'y aura à ce moment la que la loi pour punir." C'est dans les urnes qu'il faut se battre. Et il ne faut pas espérer que l'islamisme soit loin derrière nous:  il faut rester vigilant et agir. S'engager.  La source de la pensée arabe se trouve dans la tranquillité et la générosité et il ne faut pas pas confondre cette idée de la pensée orientale avec les excès de certains qui se réclament de tradition arabe. (Wahabites, Al-Qaida) "Que des "ismes" n'entâchent pas les préceptes de base d'une religion qui se veut calme et tolérante."

Enfin, l'hypothèse de la représentation d'une lutte des classes fut partiellement essuyé par l'historien Yassine Essid qui émit des réserves sur la possibilité d'une analyse marxienne. Il expliqua néanmoins que selon lui c'était plutôt une tentative de la part de la bourgeoisie réfractaire et impatiente de retourner au train-train habituel, à la "normale". On est encore ici dans une démarche benaliste où toute forme de désordre est à proscrire. Une approche médiocre face à la grandeur de cette révolution, encore un automatisme peureux au service de la joie du capital.  "Cette majorité est estimée, ce n'est pas un concept net" ajouta-t-il. Il posa à son tour une question pertinente à l'audience, qui était celle de savoir vers quelle voie économique souhaitait s'engager la Tunisie : "allons-nous revenir au carcan du libéralisme?" 

Peut-être que : "L'instauration « d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie ». L'intérêt général doit primer sur l'intérêt particulier, le juste partage des richesses crées par le monde du travail primer sur le pouvoir de l'argent." serait un bon conseil à suivre.

jeudi 3 mars 2011

Le grand pas de la Kasbah.

La "majorité silencieuse" ou le don d'autodérision. Dans le contexte de la révolution, cette expression aux allures mystérieuses dénote quelque chose d'assez singulier. (pour ne pas dire autre chose)
Premièrement, de quel droit s'autoproclamer majorité ? Et ce que j'aimerais savoir, surtout, c'est comment on fait pour s'autoproclamer majorité avant même de savoir combien de personnes s'entasseront dans la coupole ? Est-ce en procédant par soustraction : population tunisienne - manifestants de la Kasbah = majorité silencieuse ? Est-ce en avouant avoir été muet qu'on essaie de se racheter une légitimité ? Il est bien facile de se retrouver tous les jours de 17h à 19h à discutailler avec un énorme toit sur la tête pendant que d'autres couchent dehors.

De quel principe part-on pour dire que les personnes de la Kasbah ne représentent pas la majorité ? On va nous faire gober qu'il s'agit de la domination d'une majorité par une minorité ? N'inversons pas les rôles, la majorité de la Tunisie est représentée par les périphéries défavorisées et non pas par Tunis. Il ne faut pas se laisser berner par l'importance médiatique qu'ont pris les rassemblements de la Kobba, il ne faut pas stigmatiser la Kasbah. Abandonnez ces théories du complot, ces rumeurs facebookiennes, ces opinions superficielles. Allez sur place.


Il est aberrant de voir l'émergence de deux pôles antagonistes qui se traitent mutuellement de contre-révolutionnaires dans un contexte ou la cohésion sociale est plus que nécessaire. Est-ce que la Tunisie a besoin qu'on lui creuse d'autres clivages ? Et ma consternation lorsque je lis les descriptifs de certains de ces groupes où la protection contre un bouc-émissaire commun fait éloge de motif de rassemblement. Ne rentrez pas dans une logique de peur, les aspirations des tunisiens ne sont pas si divergentes que ça. A la Kasbah, il y a de tout. Et il y a des gens informés, qui savent ce qu'ils font aussi. On veut tous le redressement de l'économie, on veut tous obtenir ou maintenir nos postes, on veut tous la sécurité, on veut tous vivre dignement. Mais vas-t-on lâcher du leste au prix de quelques IDE (ndlr : investissements directs à l'étranger) ? Est-ce vraiment dans ce contexte qu'on va pouvoir reconstruire une économie saine alors que l'on a même pas déblayé la moitié des vestiges la dictature?
Comment serait-il possible de bâtir un nouveau pays avec les ruines de l’ancien régime ?


Il faut du neuf et de la patience.
Alors arrêtez d’aller pleurer devant la demeure de Ghannouchi, de vouer un culte à un homme qui ne le mérite pas. N’oubliez pas que Ghannouchi a eu sa chance et que pendant un mois, période il n’a quasiment rien fait si ce n’est protéger ces amis-corrompus (voir les déçus de La Kasbah). Rappelez vous que le 25 Février il y avait plus de 100 000 de personnes à vouloir le faire partir. Et surtout à moins d’être né après le 14 Janvier), n’oubliez pas qu’il a été le 1er ministre de ZABA-le-mauve pendant 11 ans.
Alors à ceux qui au bout de trois jours se plaignent de perdre leur petit confort, il serait judicieux de rappeler qu’on fait pas une révolution en deux temps, trois mouvements, et que la démocratie ne tombe pas du ciel. Et aux autres qui veulent tout d’un coup, comme si le 14 Janvier, nous avions soudainement découvert un trésor tombé du ciel, qu’ils n’oublient pas qu’en ces temps troubles l’intérêt du pays passe avant celui de leur petite personne.



Il ne devrait pas y avoir de Kobba ou de Kasbah, l’heure n’est pas venu aux divisions, aux « bourgeois qui se sentent opprimés par le prolétariat. » (Je cite ce que j’ai lu) ou la réciproque. L’heure est à la solidarité et au changement, et il est enfin temps que les négociations et les débats passent par la voie politique. Ce n’est pas parce qu’on est pas d’accord qu’on doit en venir aux manifestations, au sit-in mais il faudrait avant tout que le gouvernement écoute les revendications de ses citoyens. N’oublions pas que les sit-in de la Kasbah n’ont eu lieu que parce que les dirigeants faisaient la sourde oreille comme au temps de leur prédécesseur ZABA-le-mauve. Et surtout rappelons nous que ces sit-in ont fonctionné et aujourd'hui on peut enfin être assuré d'avoir une assemblée constituante et ainsi d'avoir effectué un grand pas vers la démocratie.



Si chacun prenait ses responsabilités, le vrai débat démocratique pourrait enfin s’installer. Alors que l’élite du pays émerge de son silence, que les hommes politiques se mettent enfin à agir pour leur pays ,que chaque classe arrête de dénigrer l’autre et surtout que chacun de nous arrête de penser à son intérêt personnel, à sa petite vie et que le patriote qui sommeille depuis plus de 23 ans se réveille enfin, parce que la Tunisie n’est ni le pays des gens de la Kasbah, ni celui des gens de la Kobba mais notre pays a tous.



L'histoire serait un éternel recommencement ? Je vous invite à faire un parallèle entre aujourd'hui et 1987. L'histoire ne prendra revanche sur-elle même que si le acteurs y sont propices.  
Par contre notre 14 Janvier, lui, doit rester un éternel recommencement.



NB : Les avis peuvent différer légèrement d'un article a un autre car nous sommes plusieurs personnes a s'occuper de ce blog. 

mercredi 2 mars 2011

Les Gardiens de la Révolution


Une question à poser: Bon Dieu mais qui est le « Conseil de Protection de la Révolution » ?
C'est une assemblée de 28 partis politiques et diverses associations qui se sont unis pour réclamer dissolutions et démissions et tout cela au nom du Peuple, qui a tout aussi peu été consulté pour la constitution de cette assemblée que pour celle du gouvernement. Ce qui pose problème, ce n'est pas le fait qu'ils réclament, ça c'est leur droit et même leur devoir. Ce qui est désagréable c'est que ce groupe impose ses vues à coup de sit-in et de grèves ce qui, en plus de paralyser une économie déjà fragile, donne envie de croire que ces gens représentent le peuple, alors qu'ils ne sont que ceux qui hurlent le plus fort. Ne serait-il pas plus judicieux de réclamer à coup de pétitions et de manifestations ? Faut vraiment qu'ils dorment dans la rue pour avoir une assemblée constituante ?

Et cette assemblée constituante, parlons-en: Chaque partie présente un juriste que le peuple devra élire pour faire partie de cette assemblée mais qui voulez-vous donc élire ? Nous connaissons à peine ces parties pour la simple et bonne raison que ces deux derniers mois,soit ils ont soit ressassé avec exaltation la révolte populaire sans présenter leur programme ou même leur idéologie, soit ils ont direct été dans la confrontation avec le gouvernement, sans pour autant prendre le temps de se présenter. Passons outre la difficulté, et admettons qu'on ait voté et que toutes les tendances soient représentés au sein de cette assemblée. Et après ? On va attendre gentillement que ces bonnes gens se mettent d'accord dans leur coin ? Et comment se mettre d'accord ? Présidentiel ou parlementaire ? Laïque ou Musulman ? Ça risque de prendre un temps surréaliste ! Ne serait-il pas plus pertinent si chaque partie politique proposez en plus de son programme une proposition de constitution et qu'on choisisse quel partie élire en fonction de cela ? Et qu'ensuite, on élabore une constitution qu'on soumettra à un referendum pour être bien sur et certain qu'elle fait l'unanimité ? Bien sûr que nous avons besoin d'une nouvelle constitution mais celle-ci doit être mûrement réfléchie et on n'aura pas le droit à l'erreur. Et pour cela, il ne faut rien d'autre que du temps et beaucoup de réflexion: Déjà le débat s'engage dans les journaux et peu à peu dans l'audiovisuel. Mais le choix doit être réfléchi, qu'on ne choisisse pas un régime parlementaire simplement en réaction de rejet de tout ce qui s'approche de près ou de loin de Ben Ali, et qu'on ne choisisse pas non plus le régime présidentiel sous prétexte que certains sont nostalgiques de l'idée de « guide » tel que l'incarna Bourguiba.

Mais pour en revenir au Conseil National de Protection De La Révolution, je suis fondamentalement contre ne serait-ce qu'à cause du nom assez folklorique, car non seulement ils s'érigent en gardiens de la Révolution sans la moindre consultation, mais ( et ceci est un avis strictement personnel et subjectif) les islamistes et les communistes semblent dire « C'est bon, bon peuple, on s'en occupe maintenant, on sais faire avec les révolutions ». Pourquoi protéger la Révolution ? Elle est en danger mais ce qu'il faut bien réaliser c'est que devant cette Révolution se dressent dix millions de tunisiens qui ne lâcheront plus jamais leur liberté et leur dignité. Nous ne nous laisserons plus jamais faire, plus jamais nos têtes seront baissées et plus jamais nous n'auront peur de nos gouvernants. Qu'ils écrivent leurs programmes, proposent des choses et nous proposent une véritable réflexion sur la Tunisie de demain. Que les parties politiques nous offrent un débat politique digne et enrichissant, car dire non et dégage à tout ne mènera à rien. Je ne veux pas faire ma rabat-joie capitaliste, et même si je considère que notre démocratie vaut mille fois plus que tous les IDE réunis, mais un pays du Sud a généralement du mal à combiner démocratie et pauvreté.

Enfin je voudrais lancer un appel à la tolérance: Que les gens de la Kasbah ne soient pas traités de miséreux manipulés et que les gens de la 9obba ne soient pas traité de 9nanou, traîtres et de matérialistes. Chacun est libre dans son opinion, la parole ne s'est pas libérée pour qu'aujourd'hui pour qu'on ne tolère que l'opinion qui nous arrange, alors soyez pas cons, soyez tolérants, vous verrez qu'on en sortira tous gagnants.


samedi 26 février 2011

Les déçus de la Kasbah, PART II

De retour à la Kasbah, 25 Février 2011.

Je risque peut être (sûrement même) de verser dans « le-petit-monde-parfait-des-bisounours » mais la manifestation d’hier comme toutes celles qui ont eu lieu m’a redonnée confiance en l’avenir du pays.
On ne l’a sûrement pas dit assez mais ce sit-in a été totalement pacifique, malgré le nombre élevé de personnes et l’étroitesse du lieu (qui aurait pu imaginer que la Kasbah devienne la nouvelle place Tahrir de la Tunisie ?).  
On m’a dit 100 000 personnes je vous dirais largement plus même car ici 23 ans de dictature et 55 ans d’indépendance nous ont peu habitués aux révolutions, et les gens semblent plutôt adeptes des « migrations pendulaires » ; ils viennent, apportent leur soutien quelques heures et puis s’en vont remplacés par d’autres.
Ce que j’ai vu et entendu mis à part les « Ghannouchi dégage ! » et les chansons révolutionnaires c’est une prise de conscience "générale". Les tunisiens se sont réveillés ! Au revoir les manipulations des mauves, les mensonges perpétués pendant des décennies, les « rebelles » de la Kasbah n’y croient plus. 
Bon d'accord je l'avoue difficilement (et mon orgueil de tunisienne en prend un coup) mais il y avait quand même une minorité de personnes qui hurlent ce si fameux "Dégage" sans savoir pourquoi, sans savoir même ce qui se passait ici, ceux qui ne s'intéressent pas vraiment aux problèmes du pays mais qui étaient juste là parce qu'en ce moment c'est "la classe d'aller à une manif, d'y foutre le bordel et de s'en aller."  Une bande d'inconscients.

Et sans faire mon idéaliste j’ai réellement vu des gens de toutes les classes sociales à ce sit-in, chômeurs, cadres, riches, pauvres exactement comme c’était le cas le 14 Janvier et une véritable solidarité s’est installée entre les manifestants. Petit changement notable, c’est l’existence d’un réel débat entre les citoyens. Il n’y avait pas seulement des cris, de la haine envers le régime (haine justifiée, vous m’excuserez.) mais aussi une envie d’avancer et j’ai eu l’agréable surprise de voir plusieurs groupes de personnes qui débattaient entre eux, parlementaient, opposaient leurs idées et je pense que ce sont ce genre de discussions, cet échange entre les citoyens qui feront avancer notre pays. Il est temps que les gens aient leur mot à dire, car ce n’est pas les 20 membres du gouvernement qui construiront la future Tunisie.

Quand nous avons quitté la Kasbah, nous avons laissé une place bondée, mais je le dis et je le redirais c’était une manifestation pacifique. Alors quelle fut ma surprise quand à peine rentrée on m’annonce que des troubles ont éclatés (notamment a l’avenue Habib Bourguiba) et que les policiers ont lynché, tabassé voir même tiré sur les manifestants. Il est évident que les forces policières n’auraient pas pu s’attaquer aux milliers de personnes de la Kasbah, de peur de voir une population se déchaîner sur eux en retour alors ils ont apparemment choisi les manifestants de l’avenue qui eux étaient largement moins nombreux. Beaucoup de rumeurs circulent sur ces affrontements et on me parle de casseurs qui ont provoqué la police mais je tiens tout de même à souligner le fait qu’en démocratie, on a bien le droit de manifester (Et oui !) et que ce n’est pas avec la violence que Mr Ghannouchi gardera le pouvoir.

Je pense que c’en est fini de cette pseudo « instrumentalisation du peuple », dont ont se servait tous pour ne pas s’avouer la médiocrité de notre gouvernement (Je cite : « Ces gens la ne savent même pas pourquoi ils sont la, ils sont manipulés ! »). Stop, à la théorie du complot car "toutes" les personnes (enfin au moins une bonne partie,j'espère) venues manifester le 25 Février (et les jours d’avant) étaient réellement là pour quelque chose : Un nouveau système, une démocratie que nous bâtirions sur de bonnes bases (c'est-à-dire sans les corrompus du régime, la désinformation des médias, la manipulation des opportunistes [RCD inclus] et tout ce qui va avec.. )
Le monde entier a les yeux rivés sur nous, et attend de voir si ça passe ou si ça casse. Alors à nous de leur prouver que la démocratie n’est pas impossible dans un pays arabe.

Admirez :).

A chacun son trône.

La Tunisie est une société patriarcale où l’ombre de l’ancêtre mâle pèse encore sur la conscience familiale. Le respect généalogique du à l’arrière-arrière-arrière-arrière grand-père et le rôle centrale et autoritaire de la figure paternelle au sein de la famille montre bien dans quelle logique symbolique s’inscrivent la plupart des tunisiens pour se constituer et préserver leurs repères quotidiens. Le modèle familial a évidemment ses incidences au niveau macrosociologique quand à notre approche des collectivités, et ce sont ici les notions d’Etat et de nation qui sont à remettre en cause.

Les 100 000 tunisiens partis manifester devant la Kasbah et sur l’Avenue Habib Bourguiba hier (plus grande manifestation depuis le 14 janvier) sont sur la voie de la guérison. Eux, ils ont compris. Oui, la Tunisie ne veut plus de « père » de la nation. Et tant qu’un régime présidentiel subsistera, il y aura toujours un risque que la logique affective et idéologique reprenne le dessus, et que l’on en soit à glorifier et idéaliser ce personnage à la tête de la nation : « bouna lkol ».

- Les manifestants ne veulent pas que le départ de Ghannouchi pour toutes les raisons qu’on connaît (lenteur de l’action, appareil policier toujours corrompu, communication quasi-inexistante…) mais également la création d’une assemblé constituante et certains prônent même un régime parlementaire.

- C’est le début du transfert. De l’admiration du « père » , on passe à celle des « enfants ». Du supposé leader , au peuple. Le peuple devient son propre repère et reprend son titre de nation.

- En récupérant sa légitimité politique, le peuple fait plus que devenir souverain, il est en train de casser un modèle idéologique qui persiste et qui fut à son apogée sous l’ère Bourguiba. Nous vivons bel et bien une révolution, sous tous les plans.

- Lorsque les derniers bastions de l’islamisme seront éliminés et que la verve réactionnaire tendra vers le progressisme, et que la génération de jeunes révolutionnaires sera celle au pouvoir et à la base du fonctionnement du pays, alors là la révolution sera à son triomphe le plus complet.

Pour l’instant, tout ce qu’on peut dire, c’est Ghannouchi dégage.

(Souvenir de ZABA-papa-du-peuple ;)

mardi 22 février 2011

Libye : le pétrole contre le sang ?



Les âneries de Kadhafi ont fait rire l'opinion internationale pendant près de 40 ans, mais là on rit jaune. Comment expliquer l'absurdité du contraste entre le discours du colonel et les massacres perpétrés dans les rues ?
Et pendant que les libyens tombent sous les bombes de leur propre armée, se font massacrer par leur propre dirigeant, la communauté internationale observe silencieusement ce génocide.
Et son plus grand désespoir, sa plus grande et plus majeure inquiétude consiste en la hausse du cours du pétrole et des futurs clandestins qui -Oh misère- risquent de débarquer dans les terres bénies de cette triste, très triste Europe qui par son comportement fait aujourd'hui honte à ses propres habitants.
Kadhafi se dit "le chef de la révolution", prétend que les manifestants doivent être "condamnés à mort", que la Libye est à la tête de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique latine. Chavez aussi doit rire jaune.
Mais Kadhafi, l'Ubu Roi du 21e siècle croit peut être qu'en massacrant son peuple, il fera taire la révolte ? Eh bien, il n'a donc rien compris et rien appris de la chute de ses voisins-amis Ben Ali et Moubarak.
Plus les peuples sont réprimés, plus ils se soulèveront contre le tyran. Et plus il y aura de mort, plus les gens seront remontés et plus le désir de mettre fin à l’oppression sera fort. 

Et aujourd'hui  mis à part bien sur (et comme toujours) les soi-disants non-alignés (dont la parole sert plutôt leurs intérêts économiques que la "noblesse" de leur idéologie), l'ONU (qui regarde littéralement les mouches voler) et Mme Ashton chef de la diplomatie européenne qui appelle tous les Libyens «à la retenue», plus personne ne suit Kadhafi.
Les hauts dirigeants libyens eux-mêmes soumis presque avec joie depuis 40 ans, démissionnent l'un après l'autre (Diplomates, ministres, militaires), les chefs religieux crient vengeance et le peuple pourtant en adoration devant leur dieu sauveur K. brave le danger, les balles pour hurler son dégoût devant cet assassin que tout le monde accueillait bras ouverts.

Peut-être qu'un peu d'ingérence, au lieu de discussions à huis-clos et de communiqués "très inquiets" arriveront à sauver quelques vies in extremis. Il y a un moment où l'on doit abandonner la realpolitik pour agir, au nom de l'intégrité de la race humaine.
On a que trop laissé faire tous ces dictatures sous prétexte qu'elles étaient le rempart contre l'islamisme, un islamisme qui existe bien mais qui a été exagéré,enflé par les puissances du Nord pour justifier leur soutien à ces tyrans. Ben Laden n'a jamais représenté la majorité du peuple arabe alors il est temps que ces puissances se réveillent et daignent écouter la colère des peuples arabes.

Une vie humaine vaut-elle donc moins qu'un baril de pétrole ? Dans le capitalisme outrancier de ce monde apparemment si.

lundi 21 février 2011

Les déçus de la Kasbah.

Je fais mon mea culpa.
Je l’avoue je faisais partie de ces tunisiens qui avaient confiance en Ghannouchi, ceux qui trouvaient qu’il fallait que ce soit lui qui dirige le pays en attendant les élections, qui trouvaient que le dernier remaniement était absolument « parfait ».
Je faisais aussi misérablement partie de ceux qui dénigraient les gens de la... Kasba et avec mon orgueil d’élite intellectuelle je disais aux autres « Ils ne comprennent rien, ils en demandent toujours plus, ils ne savent même pas ce que ça veut dire la démocratie. »
Misérable et naïve, voila ce que j’étais. Je croyais que Ben Ali et les Trabelsi étaient l’unique cause de tous les maux du peuple, que le système qui était derrière lui était composé de politiciens intègres qui comme nous tous avaient subi la pression du l’ex-président.
Je croyais en Ghannouchi dur comme fer et quand quelqu’un me osait me secouer et tenter de me réveiller de mon sommeil je lui disais insolemment « Qui veux-tu mettre à sa place ? »
Encore une autre erreur. Je n’avais pas compris que le dictateur était tombé mais pas la dictature.

Le gouvernement transitoire me donnait de l’espoir.
J’ai attendu, attendu qu’ils arrêtent les ministres, les politiciens, les hommes d’affaires corrompus mais ils ne l’ont pas fait.
Ils en ont arrêté trois, peut être quatre, qu’ils ont jeté en pâture à l’opinion publique pour montrer qu’ils faisaient leur travail, alors que la majorité de ces hommes enrichis avec l’argent du peuple, notre argent, sont encore tranquillement dans leurs maisons de je-ne-sais-combien-de-milliards à rigoler de notre naïveté.
Pourquoi certaines familles, pourtant mouillées jusqu'au cou dans des affaires louches, ont gardé toutes leurs entreprises ? Pourquoi sont-elles encore ici, protégées par l’Etat ?
Pourquoi les dirigeants de l’ancien régime, ces hommes qui ont leurs mains tâchées du sang de 250 morts sont-ils encore libres ?
J’ai aussi attendu, que l’Assemblée soit dissoute, que le RCD soit dissous et j’attends toujours.
Pourquoi les membres du RCD font-ils encore des réunions ?
Pourquoi les différents présidents de la BCT qui ont dévalué le dinar, imprimé de la monnaie pour la tribu Ben Ali (dont ils ont bien profité aussi) n’ont pas été jugé ?
Ou est donc passé ce fameux mandat d’arrêt international ?
Vous me direz peut être qu’il est encore tôt, que le gouvernement ne peut pas tout faire en même temps mais dites moi qu’a-t-il fait ?
Pourquoi les PDG des grandes entreprises de l’Etat n’ont pas été changés alors qu’ils n’ont cessé de détourner les profits a leur faveur ?
Ce gouvernement avait trois missions : sécurité, élections, justice. Et la seule chose qui semble occuper nos dirigeants semble être de détruire les preuves de corruption, et bafouer notre dignité en léchant les bottes de la France comme si nous étions encore qu’une colonie !
Pourquoi Ghannouchi s’obstine t-il a nommer des membres du RCD aux postes de ministres, gouverneurs ?
Notre 1er ministre a aujourd’hui pris tous les pouvoirs, peut aujourd’hui décréter les lois que bon lui semble sans que personne ne puisse s’y opposer. C’est donc ça la démocratie qu’il nous avait promise ?
Pourquoi la censure est-elle en train de revenir petit à petit ? Ou est donc passée cette fameuse liberté d’expression ? Les chaînes de télévision ne montrent plus rien, plus de manifestations d’opposition à ce gouvernement, plus de contestataires du régime, seulement de pâles vieillards qui hochent la tête devant les annonces du gouvernement, les bijoux, et le 1/100 de l’argent que la famille Ben Ali n’a pas eu le temps d’emporter pour bien montrer que oui, ils ont bien récupères l’argent. C’est pour ça que Halima Ben Ali fait du shopping à Jeddah alors ?

Je déteste ces comparaisons mais pourquoi en Égypte les ministres, les hommes d'affaires corrompus sont-ils déjà tous en prison alors que Moubarak n'ait parti que depuis 9 jours ? Pourquoi, eux, ont-ils suspendu la Constitution et dissous le Parlement et nous non ?
Pourquoi en Égypte ont-ils crée une Assemblée pour les jeunes afin que ces derniers soit entendus alors que nous la jeunesse tunisienne,  qui représentons la moitié du peuple tunisien doit-on encore crier dans les rues pour qu'on daigne nous écouter ?

A toutes mes questions on me répondra sûrement « Qui tu veux mettre a sa place ? Tu veux qu’il y ait un vide politique dans le pays ? ». Mais aujourd’hui je défie n’importe qui de ne pas trouver dans les 10 millions d’âmes de la Tunisie des personnes jeunes, compétentes et surtout intègres.
On me répondra aussi « Attends, attends » mais je ne veux plus attendre, je n’ai fait qu’attendre toute ma vie. Pendant 23 ans, les tunisiens ont attendu, mais maintenant c’est terminé. Cette révolution ne s’achèvera que quand des mains propres, des hommes patriotes en qui l’ont peut avoir confiance dirigeront le pays. Et a ce moment la, oui on pourra retourner au travail, pour rebâtir à partir de nouvelles bases, notre Tunisie.


En attendant je suis allée suivre les gens courageux, ceux que ne sont pas tus et je suis repartie à La Kasba, et comme les milliers de personnes qui y étaient j’ai hurlé « Ghannouchi dégage ! » et ça j’en suis fière.

vendredi 18 février 2011

UTOPIA.


Au cœur d’un évènement aussi important que celui qui se déroule en ce moment dans le monde arabe, il est difficile de prendre du recul, aussi bien historique, philosophique qu’idéologique. Et c’est compréhensible car il est essentiel de parer au plus urgent et au plus technique : des élections libres, une économie stable, une sécurité retrouvée.
Mais voilà, c’est un blog et nous avons retrouvé notre liberté d’expression. Alors, pourquoi ne pas voir plus loin ou même, osons, rêver à, non seulement une Tunisie meilleure, mais également à un monde meilleur. C’est légal, n’est-ce pas ? C’est même essentiel, il me semble. Osons avoir une vision d’avenir, dans un monde où les individus ont perdu toute utopie. Il arrive effectivement que les utopies soient dangereuses, quand imposées. L’homme est loin d’être parfait. Celui qui affirmerait respecter toutes ses connaissances serait un menteur, envers les autres, ou envers lui-même. Oui, au jour d’aujourd’hui une démocratie telle que nous la voyons est la meilleure solution pour la Tunisie, la plus juste et la plus pragmatique.
La question première est celle-ci : est-on vraiment satisfaits de nos vies et notre monde ? La réponse est non, cent fois non. Moralement, il est impossible d’être heureux en voyant un pauvre hère sans chaussures en hiver pendant qu’un autre, humain comme lui, son frère alors, amasse plus d’argent qu’il n’en aura jamais besoin et collectionne des voitures de courses, en profitant pour polluer un peu plus notre chère planète. Le capitalisme est un modèle confortable, car il se base sur les mauvais penchants de l’homme : l’appât du gain, le désir d’amasser, l’égoïsme. En plus, il lui assure qu’il fait tout ça pour le bien commun. Autant pour une déculpabilisation efficace. Pourtant, peux-tu accepter de voir des hommes, comme toi, crever de faim au fond de l’Afrique ou de l’Inde ? Suis-je la seule à me sentir impuissante et nauséeuse ? Aujourd’hui, avec aux moyens de communication, l’ignorance n’est plus une excuse. Nous fermons les yeux et nous le savons, en trouvant un tas de prétextes, en se croyant incapable en tant qu’individuels et en désespérant de la nature humaine. L’histoire nous a forcée à croire que l’on n’allait que vers le pire, que l’homme était irrécupérable, un être avide et mesquin, extrémiste pour se donner de l’importance.
Pourtant la Révolution tunisienne a rappelé, sinon prouvé, que le monde tel que nous le connaissons n’est pas immuable, et que la jeunesse se doit de refuser de tout cœur cette fatalité qu’on cherche à lui inculquer et qui est dans l’intérêt d’une minorité. Le monde peut changer pour le meilleur. Une Révolution arabe ne signifie plus la victoire de l’islamisme. La jeunesse peut faire fuir un dictateur de 23 ans.
Alors, osons rêver comme d’autres avant nous de la fin des Nations, du racisme, des préjugés, des tonnes d’ordure dans la mer, de l’aliénation, de l’esclavagisme, de la faim, de la soif, de la guerre, des massacres.
Pourquoi pas un monde solidaire et fraternel, libéré des diktats d’un capitalisme odieux ? Pourquoi pas un monde sans Nation mais qui accepterait les différences de chacun, un monde en paix ?
Je ne sais pas pour vous, mais j’aimerais voir un monde comme celui-ci. 

N’ayons plus peur, nous avons vu que nous étions capables de beaucoup. Le monde est un éternel combat. Alors, peut-être ces changements prendront du temps ou même ne sont qu’un joli rêve. Mais nous ne devons plus jamais dire que c’est impossible. Nous ne devons plus nous trouver des excuses. Nous ne devons plus accepter le pire parce que « c’est comme ça ». En tant que personnes conscientes, nous devons affirmer que nous pouvons entraîner le monde vers le meilleur, sans penser en premier à l’échec ou à la bêtise de notre voisin. Osons rêver le monde. N'ayons plus honte.
 



Mai 68 !


dimanche 13 février 2011

Dieu et ses poteaux



Pendant que certains réclament à corps et à cri salaire, titularisation et que d'autres profitent du climat actuel pour construire leur maison sur des terrains qui ne sont pas à leur nom, d'autres font leur grand come-back sur la scène tunisienne. Les barbus sont de retour et déjà leurs voix s'élèvent déjà pour rétablir un califat islamique, dont autoriser la polygamie. Ils proposent aussi des solutions aux problèmes qu'affrontent la société: faire porter le foulard aux femmes afin de leur éviter le harcèlement dans les rues (mais qui est le coupable, vraiment ?), remettre les femmes au foyer pour faire baisser le chômage, la délinquance juvénile et j'en passe. 

J'en rirais bien mais le cœur n'y est pas, quand je pense que le monde entier va de l'avant, se détache du divin, s'approprie sa vie en son nom, et que chez nous subsistent d'irréductibles bornés qui n'ont toujours pas compris qu'une femme est libre de faire ce que bon lui semble sans que l'homme n'ait à lui imposer quoi que ce soit, qui pensent encore et toujours que la religion est la solution à tous les problèmes par simple paresse intellectuelle.
Pourquoi avons nous si souvent droit à ces réflexions grotesques selon lesquelles une femme qui se fait aborder dans la rue l'a cherché et que c'est à elle de s'adapter à l'incivisme en se couvrant ? C’est prendre l’agresseur pour la victime, et c’est parfaitement ridicule. Pareil pour la cigarette: Pourquoi serait-il mal vu pour une femme de fumer dans la rue ? En quoi cela dérange t-il les mœurs ?
 Ce que les réactionnaires doivent comprendre, c'est qu'il est aujourd'hui irréaliste d'imposer à notre pays la loi islamique, pour des raisons multiples et variées, la principale étant que la loi ne peut être forgée par Dieu, la loi est faite par les Hommes pour les Hommes. Une loi issue de Dieu ne sera jamais légitime pour ceux qui croient en un autre Dieu ou ceux qui ne croient en rien ou encore même les musulmans qui pensent que Dieu, être transcendant, ne peut pas être mêlé aux affaires dénuées d'intérêts des hommes.

De nombreuses personnes réclament la séparation du religieux et de l'état. Partageant parfaitement cette vue, il faut tout de même être réaliste et voir que les pro-laïcité sont minoritaires: Oui, les auteurs de ce blog ne sont pas religieux et ne suivent pas les principes du Coran, mais nous respectons toute religion, aussi longtemps que les pratiquants nous respecteront et ne tenteront pas de nous imposer quoi que ce soit.
Les tunisiens sont attachés aux traditions et ce n'est pas la récente bigoterie qui s'est abattue sur la Société qui nous le démentira. Aussi, faudrait-il, à défaut de laïcité, encouragé la tolérance: Que ceux qui veulent porter le voile ou la barbe soient libres de le faire, mais aussi que ceux qui veulent boire et s’embrasser dans la rue en paix le fassent aussi, dans une liberté et un respect mutuel. Pour cela, il faudrait que la société tunisienne se débarrasse de cette manie ancestrale de se comporter comme une grande famille dans laquelle chacun a pour devoir de remettre les brebis galeuses sur le droit chemin. Ce conformisme et ce manque de diversité, ressenti par de plus en plus de monde laisse l'amère impression de ne pas être chez soi dans son propre pays.

Je suis intimement convaincue que le statut futur de la femme dépendra de sa capacité à défendre ses droits les plus fondamentaux, il serait quand même intolérable que cette révolution réclamant la liberté se traduise par une remise en cause aussi éhontée de la liberté des femmes au nom d'un pseudo retour aux sources religieux. C'est pourquoi, il est plus qu'urgent que toutes les femmes ne minimisent pas la menace: L'Iran et L'Afghanistan étaient des pays où les femmes étaient éduquées et libres avant qu'elles ne sombrent dans un si profond merdier. J'exagère, je le sais bien. Mais mieux vaut prévenir que guérir, c'est pourquoi j'exhorte tout ceux qui se veulent libres dans leur pays tout en vivant comme il leur semble bon de vivre à faire exploser les tabous et à choquer, car s'il est quasi impossible que notre société respecte le junkie et la putain, au moins devra t-elle les accepter, et ne pas chercher à les corriger, et cela ne sera possible que si nous sortons de la clandestinité qui nous à tant fait défaut. Oui, ça sera long, harassant mais si ça nous permettra un jour de vivre en Tunisie dans la liberté la plus complète, de vivre en Tunisie sans avoir à penser aux regards des autres, de vivre en Tunisie comme n'importe quel tunisien alors oui, ça vaudra le coup.

samedi 5 février 2011

Meeting du FDLT ou la blague du jour !


Aujourd'hui meeting du Forum Démocratique pour le Travail et des Libertés au Palais des Congrès à Tunis-Centre. Arrivés au parking: garnison de Mercedes, BMW et autres 4L dans le genre. Bling bling.
A l'entrée de la salle,concentration de bobos tunisiens, BCBG, femmes au cabas ample et élégant, hommes en vestes tweed et bérets en velours côtelé. Notre choc visuel numéro 2 fut de remarquer que la foule était assortie à la moquette: la salle était une contraste de crème-beige-marron-vert emeraude. Noblesse.
Le meeting du FDLT, un rassemblement de médecins et de leurs épouses, venus soutenir leur collègue dans son périple politique. Ce n'est pas vraiment le discours de Mustapha Ben Jaafer, qui était assez cohérent, qu'il faudrait remettre en cause. C'est un parti naissant et il a besoin de se constituer une base de sympathisants et de militants. Mais ce n'est malheureusement pas dans cette ambiance élitiste qu'ils attireront des masses. Jaafer glissa au détour d'une phrase que le RCD était fini, bel et bien fini : incitation subtile à faire un transfert au FDLT au détriment du parti spolié . Retournez vos vestes, les amis ! 
En plein milieu du discours, 3 détracteurs louches ont commencé à scander "PDP et Ettajdid ont ruiné la révolution !" Un peu trop partisans pour être partisans ceux-là. Surtout que l'abandon de Jaafer de son poste au sein du gouvernement d'union était une manoeuvre purement politique pour qu'on ne l'associe pas au RCD, Ahmed Ibrahim et Najib Chebbi ayant consentis à accomplir un devoir national.
Bref, on était bien au chaud sur la moquette et on s'attendait même à ce qu'on nous propose des canapés. Jaafer faisait son éloge à la démocratie et une bourgeoise déterminé hochait la tête en signe d'acquiescement, le poing levé. Et lorsque Jaafer mentionna le fait qu'une rue Bouazizi allait peut-être être crée à Paris, un homme en costard lança à la dame "Oui, mais ça ne sera pas au 16ème arrondissement malheureusement, hein." Et là, elle nous paru...un peu moins déterminé, on va dire. Tout ça pour dire que si l'on exclu les quelques centaines d'observateurs venu assister à ce gala mondain, le noyau de FDLT doit être consisté au maximum de 10 personnes. 
- Si ces gens intègrent ce parti, ils vont militer pour quoi au juste ?
- La déflation des sacs Burberry.
Très certainement, oui.


Nostalgie des Beldies.

vendredi 4 février 2011

La liberté est-elle contagieuse ?

14 Janvier 2011 date gravé dans toutes les mémoires tunisiennes (et pour une fois que ce n’est pas les dates du derby ;) jour où la rue et la rue seule a fait tomber le dictateur Ben Ali et 23 ans de répression sourde.
La Tunisie, petit pays d’Afrique du Nord littéralement étouffé entre les puissances du Maghreb et uniquement reconnu par l’opinion internationale comme une jolie carte postale représentant les plages d’Hammamet.
Et pourtant c’est le peuple tunisien docile et inoffensif, que les puissances arabes (qui elles ont connu les guerres, intifada, guerres saintes et autres joies de l’existence humaine) regardaient de haut, qui s’est levé contre son gouvernement, contre son despote et que même  les coups de feu, les milices et les promesses éternelles et tellement convaincantes de sa Majesté Le Mauve n’ont pas ébranlés. Moins d’un mois après le geste de Bouazizi, la rue à fait tomber le système Ben Ali qui a fui en bonne et due forme (c'est-à-dire tel à un rat).

Et la tous les peuples arabes réprimes depuis décennies, l’échine courbé devant leurs dictateurs se sont subitement rendus compte qu’ils avaient le choix, qu’ils pouvaient eux aussi faire basculer leur destin et devenir enfin souverains de leur pays. Alors si la Tunisie était le Berlin de la fin de la guerre froide? 1989 qui avait vu naître le printemps des peuples faisant tomber toutes les dictatures obsolètes de l’Europe Orientale alors 2011 amorcera t-il un printemps arabe ou les autocraties vieillissantes tombera comme des dominos ?

L’Egypte montre déjà les signes flagrants de la fin de 30 ans de règne d’un Moubarak qui n’a pas su voir le désespoir de ses sujets. Depuis 9 jours malgré tous les égyptiens tombés sous les coups, malgré toutes les réformes, remaniements, et menaces d’un président s’accrochant désespérément au pouvoir, la rue égyptienne ne décolère pas et réclame d’un mot devenu symbole du peuple arabe « Moubarak dégage ! ».

Et c’est ainsi l’effet domino. La Tunisie de Ben Ali est tombée, si l’Egypte de Moubarak succombe alors un autre régime corrompu chutera et ainsi de suite jusqu'à que le monde arabe soit enfin libéré de ces tyrans. Et ces despotes qu’il soient Bouteflika, Mohammed 6, Ali Abdullah Saleh ou Abdallah de Jordanie ne pourront rien y changer. 
L’histoire est passée de l’autre coté de la frontière.

Mais plus encore, la donne internationale pourrait enfin changer après la domination d’un Occident qui dure depuis la nuit des temps, le 21e siècle annoncera peut être et surtout enfin la véritable indépendances des colonies.
Et peut être même (rêvons, rêvons) que le monde arabe enfin uni, et fier pourra s’imposer sur la scène mondiale et choisir sa politique, son chemin sans qu’il nous soit dicté par d’autres.

En attendant il vaut mieux prévenir ZABA et lui demander de préparer de la place à Jeddah pour le prochain.


Copyright : Z (Débat Tunisie)

mercredi 2 février 2011

De la naissance d'une vie politique dans un pays.



Le samedi 29 janvier, évènement quasiment historique, notre premier meeting politique en Tunisie. Nous avons pris nos cliques, nos claques et nos clopes pour assister au Meeting organisé par le PDP ( Parti Démocratique Progressiste ) à la Coupole de Menzah. Voici donc un petit compte rendu agrémenté des indispensables critiques qui vont avec :

Arrivée vers 13h45 en plein milieu d'un concert de rap, premier choc visuel du jaune et des drapeaux tunisiens partout, on se croirait à Bab Souika quand l'Espérance gagne. Il est compréhensible que les parties aient leurs couleurs mais il ne faut pas qu'on nous la fasse manger comme une sorte de message subliminal violent. Il y avait en bas six ou sept personnes qui ont passé tout le meeting à faire virevolter des drapeaux jaunes avec des drapeaux tunisiens, ça faisait très PomPom Girl, à la fois ridicule, inutile et réveillant des souvenirs douloureux du RCD. Il y avait aussi un monsieur en bas, qui avait un agissement des plus étranges: il envoyé des signaux à certaines personnes dans la foule pour les faire chanter et applaudir, ce qui peut nous amener à penser que des gens étaient placés pour exciter la foule, dont le monsieur derrière nous.
Les rappeurs chantaient à la mémoire des martyrs.

Puis, est arrivé El Général, le rappeur qui s'était fait emprisonné après la diffusion de sa chanson sur Ben Ali. Il a chanté quelques chansons dont une, qui a particulièrement attiré notre attention, son refrain n'étant rien d'autre que « Allahou Akbar ». Ça a refroidi pas mal de gens, qu'ils soient croyants ou laïcs: D'un côté on utilise la religion dans le rap ce qui n'est pas respectueux de la religion, et ça avait (mais c'est un avis personnel) quelque chose de vengeur. On a aussi accroché une bannière jaune sur l'artiste, comme si on voulait l'associer au parti, alors qu'on aurait très bien pu lui accrocher le drapeau tunisien.

Ensuite, Maya Jribi, présidente du PDP a pris la parole: Elle a rendu un long hommage aux martyrs, aux jeunes, au peuple, le complimentant sur son héroïsme et sa bravoure. Ceci est bien sûr normal, mais il ne faut pas que nous oublions que nous nous sommes tut 23 années durant, acceptant l'inacceptable dans le silence. Il ne faut pas que les gens croient qu'avec cette révolution, les gens oublient leur mutisme. Car oublier le mutisme, c'est lui donner une chance de revenir sous une autre forme. Madame Jribi est assez charismatique, elle a énuméré beaucoup d'injustices et a beaucoup insisté sur le rôle de nos régions déshérités dans cette révolution. Elle a demandé aux gens de voter afin que le choix soit vraiment représentatif du l'opinion du peuple.

Puis est venu le tour de Monsieur Néjib Chébbi, qui a commencé son allocution en nous annonçant que le régime Moubarak n'en avait plus que pour quelques heures et que la mère de Mohamed Bouazizi avait effectué le déplacement. Il a ensuite expliqué la présence de son parti au sein du gouvernement qu'il a longuement défendu: Il a énuméré les mesures prises par ce gouvernement en moins d'un vingtaine de jours: Libération des prisonniers politiques; obtention par certains parties de l'autorisation d'exister, liberté des médias, déblocage d'un demi milliard de dinars pour venir en aide aux personnes victimes de la violence qui a ébranlé notre pays ces dernières semaines. Et il a aussi annoncé la mise en place de 7 (AAAH !) projets de développement dans les régions du Sud, mais il n'a pas précisé dans quel secteurs. Il a enfin demandé au peuple de jouer son rôle d'observateur et de juge, afin de maintenir la pression sur le gouvernement.
Il n'a pas du tout parler de son parti ou de son programme électoral, ce qui montre que pour le moment les élections ne sont pas la priorité absolue.

Enfin, la parole a été donnée à la mère de Mohammed Bouazizi, mais à part les gens se sont mis à hurler et on a pas entendu grand chose. Elle a dit que les gens de Sidi Bouzid étaient des tunisiens comme les autres et qu'il fallait leur donner la même chance que celle qu'on offre au tunisois, aux sfaxiens ou autres, c'est à dire un lieu de vie digne ou l'emploi est accessible.

Dernier point à discuter: Les réflexes très ancien régime qui persistent, beaucoup de gens applaudissent à chaque fin de phrase, comme chez les mauves. Si nous voulons que cette démocratie se fasse, il faudra deux choses: Savoir écouter et savoir prendre du recul et critiquer, ne pas tout avaler cru et être capable de relever des faiblesses.
Il serait aussi bien que l'effort soit fait du coté des partis et qu'ils arrêtent d'utiliser les méthodes manipulatrices du RCD (la couleur, les Pom-pom girls, l'exaltation des martyrs en ramenant même des parents des jeunes tués ce qui est à notre gout très malsain.)
Le PDP à en somme était un peu décevant dans la forme car l'utilisation des techniques des mauves montre encore qu'il était dans la manipulation sans avoir compris que le tunisien n'est plus dupe (après 23 ans de propagande plus rien ne nous échappe !) et surtout que le tunisien veut des changements, des reformes, du concret quoi.
Nous peuple tunisien libre et souverain, ne pouvons accepter les tentatives de manipulation de la presse et désirons nous exprimer librement. Internet a été notre allié pendant la Révolution et le sera à l'aube de la démocratie. La jeunesse a un rôle déterminant dans la transition vers la démocratie et tient à montrer son attachement au dialogue et au débat.

Ce blog a comme vocation de profiter de notre liberté de parole fraîchement et chèrement acquise. Nous ne nous tairons pas, nous n’oublierons pas les sacrifiés pour que nous puissions redevenir des individus dignes. La période est charnière, il est nécessaire que le débat soit ouvert et actif. Nous voulons montrer que la jeunesse tunisienne peut être idéaliste mais réaliste, qu’elle veut chercher des vraies solutions et qu’elle a un vrai intérêt pour l’avenir de son pays.


Ce blog est un lieu d'échange démocratique et tolérant.